À l’occasion de la Journée mondiale de la justice sociale, le 20 février, le Centre d’action bénévole de Montréal propose une réflexion sur les bouleversements actuels, les inégalités vécues au quotidien et le bénévolat comme levier concret de solidarité et de transformation sociale.
On le sent collectivement. Le monde est secoué par des bouleversements qui se superposent : crises économiques, tensions politiques, déplacements de populations, catastrophes climatiques, montée de la désinformation, épuisement des systèmes publics. Même ici, à Montréal, ces réalités globales prennent une forme très concrète. Elles se traduisent par des loyers qui explosent, des files d’attente à l’aide alimentaire, des difficultés d’accès aux soins, une pression accrue sur les proches aidant·e·s, des parcours migratoires plus complexes, et un sentiment d’insécurité qui n’est pas seulement physique, mais aussi sociale.
Dans ce contexte, il est facile de se sentir impuissant·e. De se dire que les problèmes sont trop grands, trop structuraux, trop loin de notre portée. Et pourtant, une réponse existe, à la fois simple et profondément transformatrice : s’impliquer.
Le bénévolat, quand il est bien accompagné, n’est pas un geste “gentil” ou un petit plus dans la marge. C’est une forme de justice sociale en action. Une manière de réduire des écarts. De protéger des personnes. De renforcer des communautés. Et aussi, de se protéger soi-même.
Les inégalités ne sont pas abstraites, elles sont vécues
Parler d’inégalités, ce n’est pas parler d’un concept. C’est parler de vies réelles. Ces réalités existent dans nos quartiers, nos immeubles, nos écoles, nos lieux de travail, et elles s’accentuent quand la société est sous stress.
C’est la personne aînée qui n’a plus les moyens de s’alimenter adéquatement et qui vit l’isolement, parfois en silence. C’est le nouvel arrivant ou la nouvelle arrivante qui navigue un système inconnu, sans réseau, avec un diplôme reconnu “plus tard”. C’est la mère monoparentale qui choisit entre payer le transport ou acheter des fruits. C’est la personne en situation de handicap qui se heurte à des barrières invisibles pour d’autres, mais constantes pour elle. C’est le jeune qui se cherche une place, et qui apprend à se méfier des institutions parce qu’il a été déçu trop souvent.
Nommer ces réalités, c’est déjà refuser de les banaliser. C’est reconnaître que l’inégalité n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix, de structures et de rapports de pouvoir. Et qu’elle se corrige par des politiques publiques, bien sûr, mais aussi par une culture de solidarité, au quotidien.
Le bénévolat ne remplace pas l’État, il renforce la société
On le dit clairement : le bénévolat ne doit jamais servir d’excuse pour affaiblir les services publics. La justice sociale exige des politiques fortes, des institutions accessibles et des ressources suffisantes. Elle exige aussi que les droits soient protégés, que les discriminations soient combattues et que les conditions de vie soient dignes.
Mais il serait tout aussi faux de croire que, parce que le bénévolat ne règle pas tout, il ne sert à rien. Le bénévolat est une réponse complémentaire, un contrepoids humain, un filet relationnel. Il agit là où les systèmes sont trop lourds, trop lents, trop saturés. Il rejoint des personnes qui n’osent pas demander. Il offre de la présence, de l’écoute, de l’accompagnement. Il contribue à préserver la dignité, ce qui est au cœur de toute justice sociale.
Quand il est structuré, encadré et respectueux, le bénévolat devient un levier collectif : il soutient l’action des organismes, renforce les liens sociaux et augmente notre capacité à traverser ensemble les périodes difficiles.
Une action qui a un impact social concret
Le bénévolat a une force particulière : il transforme la réalité à deux niveaux.
D’abord, il répond à des besoins immédiats. Repas livrés, accueil, soutien administratif, accompagnement, activités de groupe, écoute, soutien aux familles, appui scolaire, soutien à des démarches. Chaque geste compte, parce qu’il arrive au bon moment et rejoint souvent une personne au moment où elle en a le plus besoin.
Ensuite, il renforce les capacités des organismes et des communautés. Quand des bénévoles soutiennent une organisation, ils augmentent sa capacité d’agir : mieux servir, mieux rejoindre, mieux organiser, mieux innover. Et cela crée des effets durables. Une communauté qui s’entraide est une communauté plus résiliente, plus solidaire, plus résistante aux chocs.
Cette double action, répondre à l’urgence tout en renforçant le long terme, est au cœur de l’impact social du bénévolat.
Le bénévolat comme facteur de protection, pour la santé psychologique et la cohésion sociale
Il y a un autre impact, parfois moins nommé, mais très réel : s’impliquer nous protège aussi. Dans une période marquée par l’anxiété collective, l’isolement, la perte de sens et la polarisation, le bénévolat peut devenir un facteur de protection.
Il redonne du pouvoir d’agir : on passe de “je subis” à “je contribue”. Il nourrit le sentiment d’utilité : on fait partie de la solution. Il crée des liens, parfois avec des personnes qu’on n’aurait jamais rencontrées autrement. Il réduit l’isolement, autant pour la personne aidée que pour la personne qui s’implique. Il rétablit le sens, parce qu’on reconnecte avec ce qui compte vraiment.
Ce n’est pas un remède miracle. Mais c’est un geste qui, souvent, remet du souffle dans une société essoufflée. Et une société qui respire mieux est une société plus apte à prendre soin des plus vulnérables.
Un bénévolat porteur de justice sociale, ça se construit
Le bénévolat n’est pas automatiquement synonyme de justice sociale. Pour qu’il le devienne, il doit être pensé avec intention.
Un bénévolat à impact social, c’est un bénévolat qui respecte les personnes et leur dignité; qui ne crée pas de dépendance, mais renforce l’autonomie; qui est accessible (pas réservé à celles et ceux qui ont “tout le temps”); qui tient compte des réalités de diversité, d’inclusion et d’équité; qui est encadré, pour protéger tout le monde (bénévoles comme organismes); et qui reconnaît les limites, notamment celles liées aux actes réservés de certaines professions.
S’impliquer, oui. Mais s’impliquer de la bonne façon. Pour que l’aide soit juste, utile et durable, et pour que l’expérience soit positive, sécuritaire et porteuse de sens.
Choisir l’implication comme posture, pas comme performance
On associe parfois l’engagement à la performance : faire beaucoup, s’épuiser, être partout. Or, une société plus juste ne se construit pas sur le surmenage.
L’implication sociale peut être simple, réaliste, adaptée à notre vie. Une heure par semaine, un mandat ponctuel, un engagement de quelques mois, un rôle de soutien, un jumelage de compétences, un poste de gouvernance. Il y a mille manières d’aider, et elles ont toutes leur valeur quand elles répondent à un besoin réel.
L’important, c’est la posture : choisir d’être une personne qui participe, qui voit sa communauté, qui s’y relie, et qui contribue à la rendre plus juste.
Dans un monde qui se fragilise, la solidarité est une réponse
Face aux bouleversements mondiaux, on peut se refermer ou se relier. Le bénévolat est une façon de se relier. Il est une réponse concrète aux inégalités, une contrepartie humaine à la dureté des systèmes, un facteur de protection pour nos communautés, et un geste de justice sociale accessible.
Au Centre d’action bénévole de Montréal, on croit que la solidarité n’est pas un slogan. C’est une pratique. Et elle commence par une question très simple : de quoi la communauté a besoin, et quelle place puis-je prendre, à mon échelle, pour y répondre?
Si tu as envie de t’impliquer, ou si ton organisme cherche des bénévoles, le CABM est là pour faciliter les rencontres, soutenir les démarches, et faire en sorte que l’engagement soit bénéfique, respectueux et porteur de sens.

