Chaque 8 mars nous rappelle une évidence : les droits des femmes progressent parce que des personnes s’organisent, se mobilisent et prennent soin les unes des autres. Le bénévolat fait partie de ces forces discrètes qui tiennent la société ensemble. Mais pour qu’il soit un véritable outil de justice sociale, il doit aussi être juste dans la manière dont il répartit la charge, reconnaît les contributions et protège celles et ceux qui s’impliquent.
Les données récentes montrent que l’engagement bénévole traverse une période de transformation. Selon Statistique Canada (Le Quotidien, « Le bénévolat et les dons de bienfaisance au Canada, 2018 à 2023 », 23 juin 2025), 73 % des personnes ont fait du bénévolat en 2023, contre 79 % en 2018, et le nombre total d’heures (bénévolat encadré et informel) est passé de 5,0 à 4,1 milliards, une baisse de 18 %.
Toujours selon Statistique Canada (même publication), le bénévolat encadré (au sein d’organismes) a aussi reculé : 32 % de participation en 2023, contre 41 % en 2018. Et sur le plan du bénévolat informel, Statistique Canada indique qu’en 2023 près de 3 milliards d’heures ont été consacrées à ce type d’aide, en baisse par rapport à 2018, recul « surtout attribuable » à la diminution des heures que les femmes ont consacrées au bénévolat informel (baisse de 20 %).
Ce constat ne doit pas servir à culpabiliser, au contraire. Il rappelle que le temps et l’énergie ne sont pas illimités, et que lorsqu’on parle des droits des femmes, on parle aussi de conditions de vie : charge de travail, charge mentale, précarité, responsabilités familiales, sécurité, accès aux services.
Au Québec, le Réseau de l’action bénévole du Québec (RABQ) met en évidence un autre enjeu clé : les formes de contribution ne se répartissent pas de façon neutre. Dans le Portrait des bénévoles et du bénévolat 2025 au Québec, le RABQ note que les femmes s’impliquent davantage que les hommes dans des tâches de soutien, d’accompagnement ou de soins (23 % des femmes contre 19 % des hommes) et dans les tâches administratives (24 % contre 20 %). Ces rôles sont essentiels, mais ils sont souvent moins visibles, moins valorisés, parfois pris pour acquis.
Le même portrait du RABQ montre aussi une différence qui dit quelque chose de profond : les femmes bénévoles adhèrent davantage à l’idée que le bénévolat est essentiel à une société juste et équilibrée (81 % des femmes contre 72 % des hommes). RABQ, Portrait des bénévoles et du bénévolat 2025 au Québec. Autrement dit, les femmes portent fortement la conviction collective derrière le bénévolat, et cela mérite d’être reconnu et protégé.
Alors, comment faire avancer les droits des femmes par le bénévolat, sans que ce soit encore elles qui absorbent le coût social?
1) Garder le bénévolat comme un choix réel.
Un engagement libre suppose qu’on puisse ajuster son implication selon sa réalité, sans culpabilité ni pression implicite.
2) Reconnaître ce qui est essentiel, pas seulement ce qui est spectaculaire.
Les tâches de soutien, d’écoute, de coordination, d’accueil et d’administration sont la charpente de l’action communautaire. Les reconnaître, c’est aussi mieux les encadrer, mieux les répartir, et éviter qu’elles retombent toujours sur les mêmes.
3) Partager les rôles, y compris les rôles de décision.
La justice sociale passe aussi par la manière dont on partage le leadership, la gouvernance et la visibilité, au même titre que les tâches de care et de soutien.
4) Rappeler une chose simple : le bénévolat ne remplace pas des services adéquatement financés.
L’engagement citoyen amplifie l’impact, mais il ne doit jamais servir d’excuse au sous-financement des ressources qui soutiennent les femmes.
Au CABM, nous croyons à un bénévolat qui renforce le pouvoir d’agir, qui soutient les organismes, et qui contribue à une société plus inclusive. En ce 8 mars, célébrer l’engagement des femmes, c’est aussi s’assurer qu’il demeure un levier de transformation sociale, sans surcharge ni invisibilisation.
Références citées
Statistique Canada, Le Quotidien, « Le bénévolat et les dons de bienfaisance au Canada, 2018 à 2023 », 23 juin 2025.
Réseau de l’action bénévole du Québec (RABQ), « Portrait des bénévoles et du bénévolat 2025 au Québec », 2025.
Voir l'article du CABM pour le 8 mars 2025 : https://www.cabm.net/fr/actualites-details/copie---8-mars-2025-journee-internationale-des-droits-des-femmes

