Kharoll-Ann Souffrant

Dans le cadre de son projet Intégration de la diversité féminine, le CABM a voulu rencontré des femmes exceptionnelles et inspirantes de minorités ethnoculturelles qui ont su se démarquer grâce au bénévolat.
    Kharoll-Ann Souffrant           Notre première inspiration est une jeune femme de 24 ans, Kharoll-Ann Souffrant, engagée depuis l'âge de 12 ans auprès de causes telles que la prévention de la violence sexuelle et la santé mentale.

Dans une entrevue accordée au CABM, elle nous parle de son parcours entre difficulté d'intégration sociale, bénévolat et réussite!
CABM : Bonjour Kharoll-Ann, peux-tu nous dire quelle est ton origine?

Kharoll-Ann : Je suis née à Montréal, mais mes parents sont d’origine haïtienne. Je me considère autant Haïtienne que Québécoise. C’est un mix puisque j’ai grandi avec les deux cultures. Cela m’apporte autant dans ma vie privée que professionnelle. Je peux faire des nuances, je peux voir plusieurs perspectives.

CABM : Nous connaissons ta grande implication en tant que bénévole. Pourquoi et pour quel(s) organisme(s) as-tu décidé de devenir bénévole?

Kharoll-Ann : J’ai commencé à faire du bénévolat à 12 ans, car j’étais en programme d’éducation internationale. J’ai vécu de l’intimidation au secondaire. De faire du bénévolat m’a permis de rencontrer des gens qui avaient des valeurs plus semblables aux miennes, d’avoir un sentiment d’appartenance. J’ai fait du bénévolat pour Amnistie Internationale entre autres, dans des CALACS, au Chaînon, à la Fondation de l'Hôpital général du Lakeshore. J’ai été ambassadrice pour le 375e anniversaire de Montréal. Je suis un des visages de sensibilisation pour la maladie mentale, alliance canadienne et la santé mentale. Je suis aussi coordonnatrice du programme Women in House de l’Université McGill. J’ai reçu des prix dans l’implication bénévolat pour Paul-Frappier pour le leadership jeunesse du Montréal Community Cares,  Jeunes femmes de mérite et le prix humanitaire Terry Fox.

CABM : Qu’est-ce que ton expérience en tant que bénévole t’a appris ou rapporté?

Kharoll-Ann : Cela m’a donné un sentiment d’appartenance, j’en ai beaucoup appris sur les institutions montréalaises non politiques, j’ai gagné en confiance en moi et je me suis faite des amis. C’est comme devenu un mode de vie. Les gens me demandent comment je fais pour ne pas être fatiguée, mais je me sens énergisée par toutes mes activités.

CABM : Pourquoi encouragerais-tu une femme d’une minorité ethnoculturelle
comme toi à faire du bénévolat? Quels sont les bénéfices, les avantages qu’elle pourrait en tirer et faire bénéficier?

Kharoll-Ann :Quand on s’implique, on se sent en mouvement, on sent qu’on fait parti de quelque chose de plus grand que soit. Cela énergise! Il y a tellement de causes, alors tout le monde peut trouver sa niche. J’en ai fait une carrière puisque je suis devenue travailleuse sociale. En revanche, certaines femmes ont plus de barrières que d’autres. C’est plus difficile de s’impliquer quand on doit subvenir à ses besoins de base. Elles peuvent s’impliquer dans des organismes au sein même de leur propre communauté. Cela peut être une façon de s’impliquer à Montréal et de rester proche de ses origines.

CABM : Que penses-tu de la présence des femmes des minorités ethnoculturelles dans les Conseils d’administration des organismes faisant appel à des bénévoles?

Kharoll-Ann : Je pense que c’est très important qu’on soit présente, car lorsqu’on est absente, il y a beaucoup d’angles mort et des choses qu’on ne voit pas. Quand on a des femmes de différents parcours de vie, cela aide à mieux rejoindre l’ensemble de la société afin que nos idées soient au moins sur la table. Il existe des formations pour apprendre comment être sur un CA. Il serait bien de rendre plus visibles ces formations-là. Les rendre gratuites. C’est important de dire que les femmes des minorités ont quelque chose à apporter à la société montréalaise. Que le patrimoine se construit des deux côtés. La société québécoise à beaucoup à apprendre de ses femmes-là.

Il y a un désir de s’impliquer dans les communautés, mais elles ne savent pas si elles ont la capacité de le faire. Il faut avoir des mentors, des gens pour les soutenir.

CABM : Que penses-tu du leadership au féminin?

Kharoll-Ann : Partout dans le monde, on n’est pas encore parvenu à la parité. Plus on aura des femmes pour être leaders, plus leur nombre grandira et plus se sera possible dans l’esprit des femmes. Cela sera aussi plus représentatif de la société québécoise. On peut s’impliquer en-dehors des sphères politiques. Ma mère est femme au foyer, mais je la considère comme une leader. C’est une femme qui a priorisé sa famille avant le reste. Elle sait ce qu’elle veut et elle sait ce qu’elle ne veut. Le leadership est défini par chaque femme selon ce qu’elle décide de prioriser dans leur vie. Il y a une responsabilité pour créer le contexte social pour favoriser les femmes à prendre leur place. Il ne faut pas mettre tout le travail sur les individus.

CABM : Kharoll-Ann, tu es conférencière et travailleuse sociale, tu as même animé ton propre TEDTalk. Qu’est-ce qui t’a motivée à le faire? Qu’est-ce qui fait de toi une leader?

Kharoll-Ann : Il y avait un appel de candidature en 2015. J’ai appliqué sur un coup de tête. Il y avait 60 personnes à l’audition et j’ai été sélectionnée. J’ai failli ignorer le courriel, car dans ma conférence, je parlais de mes difficultés en santé mentale de manière ouverte. Mon amie m’a convaincue de faire l’audition et je continue à parler ouvertement de ce que j’ai vécu. Quand quelque chose me fait peur, c’est comme un moteur pour moi et ça a des retombées positives.

CABM : Que penses-tu du projet d’Intégration de la diversité féminine dans les Conseils d’administration lancé par le CABM cet automne?

Kharoll-Ann : Je pense que c’est un excellent projet. Justement, quand on parle d’intégration, il faut intégrer différents parcours. C’est gagnant. Les femmes ne sont pas un groupe monolithique.